Michel Kikoïne et La Ruche

Jacques Yankel est le fils de Michel Kikoïne (1892-1968), peintre russe immigré à Paris au début du XXe siècle. Michel Kikoïne, natif de Gomel en Biélorussie, faisait partie du foyer artistique parisien connu sous le nom des ateliers de La Ruche, cette cité d’artistes mythique du 15e arrondissement fondée par le sculpteur Alfred Boucher en 1902. La Ruche a accueilli toute une génération d’artistes venus principalement de l’Empire russe, formant le noyau de ce que l’on appellera l’École de Paris.

Jacques passe une partie de son enfance dans une demeure à Annay-sur-Serein, en Bourgogne, où son père se retrouvait régulièrement avec ses amis qu’étaient Chaïm Soutine, Pinchus Krémègne et bien d’autres peintres russes émigrés. Ces artistes, venus pour la plupart des shtetls de l’Empire russe, avaient trouvé à Paris une liberté créatrice nouvelle. Là, le petit Jacques apprend le dessin au pied du chevalet paternel, baignant dans une atmosphère où se mêlaient les traditions artistiques russes et les avant-gardes parisiennes.

Jacques Yankel, artiste polyvalent

Événement sans précédent depuis le 14 avril, plus d’une vingtaine de toiles de Jacques Yankel sont exposées au musée de Noyers. Une première puisque Jacques Yankel le peintre, le sculpteur n’a jamais voulu exposer dans le musée où Jacques Yankel le collectionneur a fait don de plus d’une centaine de toiles naïves de sa collection personnelle.

Étudiant, il fréquente par période l’école des beaux-arts et fait une thèse de Doctorat en géologie. Après la guerre, sa formation initiale de géologue l’amena à connaître l’Afrique, notamment le Soudan où il creuse des puits pour les Touareg, et l’Asie. Il se prend alors de passion pour ces civilisations et l’art africain qu’il collectionne.

En tant qu’artiste, il travaille la gouache, l’huile, y mélangeant des matériaux comme le bois, la dentelle ou le fer. Il sculpte aussi avec des objets provenant du monde artisanal, industriel ou urbain qu’il débusque dans les décharges publiques, les greniers ou les brocantes. Cette pratique du recyclage et de la transformation d’objets trouvés témoigne d’une sensibilité artistique à la fois savante et populaire, héritée de la double culture russo-française de son enfance. Comme d’autres artistes d’origine russe installés en France, tels Élie Grékoff, Yankel illustre cette capacité à fusionner les traditions artistiques de l’Est et de l’Ouest.

L’art naïf et les collections

La découverte de l’art marginal au Soudan en 1949 fait de Jacques Yankel un grand collectionneur. Toute sa collection ne contient que des oeuvres qui sont en prise directe avec le thème de l’inspiration. De l’art nègre au style Dubuffet, en passant par la peinture naïve populaire, l’art naïf a largement occupé sa vie.

Cette collection de tout premier ordre est exposée depuis 1991 au Musée d’Art Naïf de Noyers-sur-Serein. L’art naïf entretient des liens profonds avec la tradition artistique russe : du loubok (estampe populaire) aux icônes populaires, en passant par l’influence de l’art populaire sur les avant-gardes russes comme Larionov et Gontcharova, cette veine naïve a toujours irrigué la création artistique d’origine russe. La collection Yankel, par son ampleur et sa diversité, constitue aujourd’hui un patrimoine culturel unique, situé au croisement de l’héritage artistique russe et des traditions populaires mondiales.

Informations pratiques

L’exposition “Yankel, Kikoïne 52 ans de peinture” s’est tenue du 1er octobre au 31 décembre 2003 au Musée d’Art Naïf de Noyers-sur-Serein.

Horaires d’ouverture du musée :

  • De début juin à fin septembre : de 11h à 18h30, tous les jours.

  • De début octobre à fin mai : les week-ends et les jours fériés, de 14h30 à 18h30.

  • Pendant les vacances scolaires (toutes zones confondues) : ouvert tous les jours sauf le mardi, de 14h30 à 18h30.

Adresse :

Musée d’Art Naïf

Rue de l’Église

89310 Noyers-sur-Serein

Questions fréquentes

Qui est Michel Kikoïne ?

Michel Kikoïne (1892-1968) est un peintre russe né à Gomel en Biélorussie, émigré à Paris en 1912. Membre de l’École de Paris, il s’installe à La Ruche dans le 15e arrondissement où il côtoie Soutine, Chagall et Modigliani. Son oeuvre, marquée par un expressionnisme coloré, est aujourd’hui conservée dans de nombreux musées internationaux. Il est le père du peintre et collectionneur Jacques Yankel.

Qu’est-ce que La Ruche à Paris ?

La Ruche est une cité d’artistes fondée en 1902 par le sculpteur Alfred Boucher dans le 15e arrondissement de Paris, passage de Dantzig. Elle a accueilli de nombreux artistes de l’École de Paris, principalement des immigrés russes et d’Europe de l’Est comme Chagall, Soutine, Kikoïne, Krémègne et Archipenko. Son nom vient de la forme octogonale du bâtiment principal, construit avec des matériaux de l’Exposition universelle de 1900, évoquant une ruche. La Ruche existe encore aujourd’hui et reste un lieu de création artistique vivant.

Quel est le lien entre l’art naïf et les artistes russes ?

L’art naïf a des racines profondes dans la tradition artistique russe, notamment à travers le loubok (estampe populaire) et les icônes populaires. Des artistes comme Niko Pirosmani en Géorgie ou les peintres de l’avant-garde russe comme Larionov se sont inspirés de l’art populaire naïf. Jacques Yankel, héritier de cette tradition russo-française, a constitué une collection majeure d’art naïf, exposée au Musée de Noyers-sur-Serein depuis 1991, témoignant de ce dialogue permanent entre l’art savant et l’art populaire.

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