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Histoire du soldat, conte musical d’Igor Stravinski

Du 21 février au 2 mars 2013


Inspiré d’un conte populaire russe, l’œuvre poétique d’Igor Stravinski raconte les errances et les naïvetés d’un soldat revenant de guerre, tenté de vendre son âme au Diable… Avec Thomas Fersen dans le rôle du fantassin candide et vulnérable.

L’Histoire du soldat marque la naissance du théâtre musical au XXe siècle : en 1917, année de guerre en Europe, Stravinski et l’écrivain suisse Ramuz, inventent, à partir d’un conte populaire russe, Le Déserteur et le Diable, un genre nouveau, pensé pour "un petit théâtre ambulant", mêlant musique, théâtre parlé, mime et danse. Ce conte universel s’adresse aux adultes comme des grands enfants, et n’a rien perdu de sa portée aujourd’hui, avec "l’inquiétante étrangeté" du diable, les transgressions du soldat naïf qui traîne avec lui la misère de l’errance et des guerres, autour de l’enjeu d’un violon-âme.

Histoire du soldat
opéra d’Igor Stravinski
texte Charles-Ferdinand Ramuz
direction musicale Hélène Bouchez
mise en scène Roland Auzet
avec Thomas Fersen

L’âme, c’est la petite pièce de bois placée à l’intérieur de la caisse de résonance des instruments à cordes, celle qui transmet les vibrations et permet de supporter la pression. Le soldat y pensait-il en échangeant son violon contre toutes les richesses que le diable promet ? Empruntant le thème d’un conte populaire russe, Le Déserteur et le Diable, Igor Stravinski et l’écrivain suisse Charles-Ferdinand Ramuz inventent un genre nouveau, mélange alors inédit de musique, de texte parlé, de danse et de mime, inspiré du théâtre ambulant des tréteaux de village. En 1917, ils mettent en scène les tentations et les naïvetés d’un soldat revenant de guerre, et choisissent une forme modeste, populaire, universelle. Abandonnant le cycle de ses grands ballets, Stravinski se frotte en toute liberté aux nouveaux rythmes urbains du ragtime et du tango, s’offre un tour de valse, ou détourne avec malice un choral de Bach... Le metteur en scène Jean-Christophe Saïs a choisi de conserver au conte toute sa portée magique, plaçant un diable séducteur à la tête de l’orchestre, ouvrant grand le livre qui prédit l’avenir pour mieux “faire de l’argent”, ou faisant danser une ensorcelante princesse... Immédiate et éternelle, philosophique et enchantée, l’Histoire du soldat est ainsi accessible aux enfants comme aux adultes. Comme le disait Ramuz : “Il n’y a pas à comprendre : il n’y a qu’à se laisser faire.”

Igor Stravinski – musique

Compositeur d’origine russe, naturalisé d’abord français puis américain. Il devient l’élève privé de Rimsky-Korsakov, dont l’empreinte se retrouve dans son premier opéra féerique Le Rossignol. L’année 1910 marque le début d’une collaboration fructueuse avec Diaghilev qui lui commande la musique de L’Oiseau de feu : c’est un immense succès. Viendront ensuite Petrouchka puis Le Sacre du printemps (1913) qui lui assurent définitivement une place parmi les compositeurs les plus marquants du XXe siècle. Stravinski ne reviendra que deux fois à l’opéra proprement dit : avec Mavra puis avec The Rake’s Progress. Diverses autres oeuvres avec chant se rattachent au théâtre ou au genre de la cantate dramatique : OEdipe Rex, Perséphone, au mimodrame avec parties vocales : Noces, Renard, voire au théâtre musical Histoire du soldat (1917). Adepte de la théorie de la musique considérée comme une fin en soi, et détachée de son sujet, Stravinski a consigné ses vues sur l’opéra dans ses Cours de poétique musicale, publiés à Paris en 1945. Il a écrit également Chroniques de ma
vie (1935).

Ramuz et l’Histoire du soldat

De février à août 1918, Ramuz rédige six versions différentes de cette pièce dont l’idée est empruntée à un conte russe. Il se rend pratiquement tous les jours à Morges chez Stravinski, où se trouve le piano sur lequel ce dernier travaille.
Début septembre 1918, Ramuz s’emploie à faire de la publicité pour l’Histoire du soldat ; le fait qu’il ne se bat pas en son nom propre mais tente de promouvoir une oeuvre collective atténue sa timidité de grand "rétracté" ; sa répugnance à jouer ce rôle de quémandeur reste cependant évidente.

Lettre 1900-1918, Lettre à René Auberjonois, 6 septembre 1918 :
"[…] j’aurais besoin de concours mondains : qui ? dites-le moi ; je ferai tout ce que vous voudrez ; […]
Recommandez-moi : je suis généralement bien reçu et je peux plaire, si je veux. Je fais un métier de proxénète –
j’entends maintenant le faire jusqu’au bout ; je dis : ‘Ce n’est pas pour moi que je viens’, j’ai le bonheur de n’être pas
seul en cause." La première de l’Histoire du soldat a lieu à Lausanne le 28 septembre 1918. La représentation est un échec dont
Ramuz donne son interprétation dans une lettre aux organisateurs de la représentation zurichoise de la pièce.
Lettre aux Zurichois, p. 218 : "je suis fâché que nos spectateurs de Lausanne n’aient pas compris : c’est
apparemment qu’ils ont cherché trop loin. Il n’y a pas à comprendre : il n’y a qu’à se laisser faire."
Cette dernière phrase s’applique particulièrement bien à sa propre tentative d’amener sa raison à diminuer le
contrôle qu’elle exerce sur ses sensations et sur ses sentiments et de rendre cette volonté palpable dans ses écrits,
à défaut d’être capable de l’appliquer à sa vie personnelle. Il notera bientôt : Journal inédit, p. 204 : "On n’a pas à
expliquer ses intentions : on a à les imposer."
Cette intention de se "dépêtrer du roman explicatif " , présente depuis Adieu à beaucoup de personnages, durera
toute sa vie puisque, encore aux derniers jours, en janvier 1947, il écrira : "Continuer à ne rien expliquer. C’est le
centre, mais je m’y tiens d’instinct." - extrait de C.F. Ramuz à visage découvert de Jacqueline Goecking-Muret, éditions Cabédita

Athénée Théâtre Louis-Jouvet
Square de l’Opéra Louis-Jouvet 7 rue Boudreau 75009 Paris
M° Opéra, Havre-Caumartin I RER A Auber
réservation : 01 53 05 19 19



Ce n'est pas le champ qui nourrit, c'est la culture. Proverbe russe

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